
"L'investissement résidentiel est à la traîne au Luxembourg", écrit très justement l'économiste de la fondation Idea, Michel Edouard Ruben dans un document de travail présenté à la presse jeudi. Il y présente six pistes pour sortir la politique du logement de ses automatismes. Et par automatismes, il se réfère aux mesures fiscales destinées à relancer le marché immobilier qui sont régulièrement remises au goût du jour par le gouvernement luxembourgeois.
Le "Booster fir de Wunnengsbau" annoncé au beau milieu de l'été ne déroge pas à la règle. On y retrouve les "suspects habituels" tels que l'amortissement accéléré, la réduction de la TVA pour les logements locatifs ou encore l'exonération des droits d'enregistrements sur certaines constructions. Ce jeudi, la fondation Idea avait pour but de proposer des pistes "dépassant ces orientations".
Une piste en particulier a attiré notre attention et pour cause: c'est celle qui pourrait avoir l'impact le plus significatif sur le marché immobilier luxembourgeois. Michel-Edouard Ruben suggère notamment de créer une mutualité destinée à produire des logements pour salariés. Celle-ci serait alimentée par une "contribution-logement" de 0,5% provenant des revenus professionnels du pays.
Un impôt sur les salaires donc qui permettrait, d'après les calculs de l'économiste de récolter approximativement 200 millions d'euros par an. Cette enveloppe ferait de la mutualité en question "un des principaux investisseurs immobiliers du pays" et serait dirigée par les partenaires sociaux. C'est du moins ce que propose l'économiste de la fondation Idea.

Une idée inspirée de l'impôt d'équilibre budgétaire temporaire mis en place pour financer l'aide à l'enfance entre 2015 et 2017. "Ça avait très bien marché à l'époque", a-t-il commenté dans les locaux de la fondation Idea jeudi. Devant la presse, l'économiste a également souligné le fait que cette initiative pourrait compenser, en partie, la perte de recettes fiscales prévue dans le cadre de la réforme des classes d'impôts à venir.
Au delà de cette mesure, il propose également d'ouvrir les ventes de logement abordables aux personnes possédant un logement situé à une distance supérieure à 150 km de la frontière. Une proposition qui intervient dans un contexte où les logements abordables peinent à trouver preneur.
"Un Slovaque, je prends l'exemple d'un Slovaque parce que c'est un pays où le taux de propriétaires est proche des 100%, qui aurait une maison en Slovaquie devrait se défaire de son bien alors qu'il ne peut pas y vivre ou l'exploiter", justifie-t-il.
L'économiste propose, en outre, de "flexi-sécuriser les rapports locatifs", de promouvoir de nouvelles formes de propriété (leasing immobilier, coopératives d'habitation), de produire du logement sans consommer davantage de foncier (division des logements sous-occupés), et de lever les freins à la disposition de logements aux salariés par leurs employeurs en repensant notamment la manière de calculer l'avantage en nature qui leur est accordé.
Enfin, Michel-Edouard Ruben suggère de faire évoluer le pacte logement "vers un dispositif contraignant assorti d'objectifs de viabilisation et de construction". Le but étant de d'imposer aux communes souvent accusées de "freiner des quatre fers" d'activer les "nombreux instruments dont elles disposent" pour lutter efficacement contre la rétention foncière et de mobiliser les terrains constructibles.