Marco Boly"À l'ITM, nous ne sommes pas répressifs, nous sommes préventifs"

François Aulner
adapté pour RTL Infos
Le congé collectif a débuté ce vendredi et se prolongera jusqu’au 23 août. Pendant cette période, les entreprises du secteur de la construction sont censées s’arrêter, mais un comité réunissant syndicats et patronat a reçu 212 demandes de dérogation.

Selon Marco Boly, directeur de l’Inspection du travail et des mines (ITM), cela représente environ 750 salariés autorisés à poursuivre leur activité sur un total de 40.000. Il décrit une ITM en équilibre permanent : garantir des contrôles et une concurrence loyale, tout en évitant de freiner inutilement les entreprises.

Marco Boly rejette fermement l’idée d’une ITM perçue comme une police ou une administration répressive. "Nous ne sommes pas répressifs, nous sommes préventifs", insiste-t-il. L’Inspection veut multiplier les contacts directs avec les entreprises et a introduit des "lettres d’observation", envoyées en cours de procédure pour signaler des irrégularités avant d’en arriver à des sanctions. Pour lui, les chiffres confirment cette nouvelle approche : sur 5.000 contrôles, la moitié des entreprises se sont mises en conformité sans qu’il faille aller plus loin.

© François Aulner

Cette stratégie soulève toutefois une question : une prévention renforcée et une répression plus limitée n’ouvrent-elles pas la porte à davantage de violations du droit du travail ? Sur le sujet sensible du travail clandestin, Boly rappelle que la loi ne définit pas le "travail au noir", mais uniquement le travail dissimulé, principalement lié à l’absence d’affiliation sociale. "Chaque employeur doit décider du chemin qu’il veut prendre", dit-il, en précisant que d’autres instances sont compétentes pour enquêter. L’ITM, elle, continue de mener des contrôles.

Interrogé sur le mouvement atypique des 160 livreurs indépendants de Wolt en juin, Marco Boly parle d’un épisode "un peu étrange". Il rappelle que le droit du travail repose sur le lien de subordination : si ce lien existe, un indépendant doit être requalifié en salarié, avec tout ce que cela implique — salaire, congés, sécurité sociale, santé et sécurité au travail. Il s’attend d’ailleurs à ce qu’un nouveau projet de loi sur le travail de plateforme soit présenté "sous peu" par le ministre du Travail.

L’objectif, dit-il, est de s’adapter aux nouvelles formes d’emploi tout en garantissant une "concurrence loyale".

Sur la question sociale plus large, Boly refuse le terme d’"apartheid", mais reconnaît l’existence d’une "société de classes" au Luxembourg. Selon lui, cette réalité n’a pas totalement disparu. "Il y a toujours de la jalousie, chacun regarde sa propre assiette et juge l’autre", estime-t-il. La pandémie a montré que les métiers essentiels étaient indispensables au fonctionnement du pays, mais il a le sentiment que cette prise de conscience s’est estompée.

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