
"Ça nous est arrivés alors qu'on est du métier", préface Gilles Hempel, directeur de la Fondation pour l'accès au logement. En 2021, la FAL a acheté neuf appartements en VEFA à Mondorf-les-Bains, au sein du projet immobilier "Domaine Am Park". Des appartements destinés à devenir des logements sociaux. Mais cinq ans plus tard, le chantier est toujours en cours. En cause: la faillite de la société qui devait se charger de mener à bien ce projet, Farei Services.
Pourtant, la fondation avait fait toutes les vérifications nécessaires. "Nous avons vérifié avec qui nous allions travailler. Nous connaissions le promoteur, c'était une personne sérieuse qui avait de nombreux projets immobiliers à son actif", explique Tom Nilles, directeur adjoint de la FAL. Des dires confirmés, en partie du moins, par la longévité de la société. En effet, elle était inscrite au registre de commerce depuis 1994.
Ils n'avaient donc aucune raison de se méfier. M. Nilles insiste d'ailleurs sur le fait que les premiers mois du chantier se sont bien passés. "Tout avançait normalement", témoigne-t-il. Puis le directeur de Farei Services est tombé malade. Une maladie dont il ne s'est pas remis. C'est son fils qui a ensuite pris le relais, en 2023. "C'est alors que les problèmes ont commencé", commente Tom Nilles. Les dirigeants de la fondation décrivent une gestion pour le moins chaotique de la suite du chantier.
"Nous allions régulièrement sur place pour vérifier l'avancement des travaux", précise le directeur adjoint de la FAL. Et il est très vite devenu évident que la résidence ne serait pas livrée à temps. Les travaux ayant commencé au mois d'octobre 2020, le promoteur était tenu de les achever pour le 15 octobre 2023, conformément au délai fixé dans l'acte notarié (36 mois). Les retards et le manque de communication ont incité les copropriétaires à se réunir, la fondation inclue.

Car ils n'étaient pas seuls à attendre l'achèvement du projet immobilier, une dizaine d'acquéreurs attendaient leur logement dans le second bloc de la résidence. "Nous avons acheté un bloc comprenant une surface commerciale au rez-de-chaussée", explique M. Hempel. Le chantier a fini par être suspendu au mois de juin 2024 avec une reprise prévue au mois de septembre. Mais les travaux n'ont jamais repris et le promoteur s'est progressivement muré dans le silence.
La Fondation pour l'accès au logement et plusieurs autres propriétaires ont décidé, fin 2024, de mettre la société Farei Services en demeure. Trois mois plus tard, en mars 2025, elle déclarait faillite. Mais le calvaire n'était pas fini pour autant. L'activation de la garantie d'achèvement, l'expertise et la recherche d'un chef de projet ont encore retardé la reprise des travaux jusqu'au mois de janvier 2026.
Puis vinrent les mauvaises surprises. "Nous avons constaté, via l'expertise, que nous avions payé des tranches pour des travaux qui n'avaient pas été réalisés", expliquent M. Hempel et M. Nilles. Il y en avait pour 300.000 euros de travaux. Une somme qu'ils ne récupèreront probablement jamais. En effet, la garantie d'achèvement ne couvre pas les surfacturations. C'est le principe du "mauvais payeur paie deux fois".

"On s'en est encore biens sortis", admet Gilles Hempel. En effet, pour un projet comprenant neuf appartements, le préjudice aurait pu être beaucoup plus élevé. On l'a vu à travers les témoignages d'Alejandro, d'Emily, de Damien et d'Olivier. Le directeur de la fondation insiste sur le fait que lui et M. Nilles viennent du métier et que ça leur est tout de même arrivé. Néanmoins, si le projet peut avancer depuis c'est aussi parce que la FAL "s'y connaît" et "a les reins solides".

"Il faut les avoir ces 300.000 euros", rappelle-t-il. En effet, ce genre de surcoût pourrait facilement couler une association moins pérenne. Lui et M. Nilles insistent sur le fait qu'ils ont été sur chantier à de nombreuses reprises, qu'ils ont vérifié tout ce qui était vérifiable et qu'ils connaissaient la société en charge du projet. Cela ne les pas mis à l'abri des événements qui ont suivi.
"Il est impossible de tout vérifier, certaines choses marchent à la confiance", relativise Tom Nilles. Il donne les exemples des circuits électriques ou de certains travaux de façade qui ne sont pas visibles à l'œil nu. Un témoignage primordial à l'heure où certains cherchent des responsabilités auprès des acquéreurs. Mais qu'en est-il aujourd'hui? Où en est le projet "Domaine Am Park"? Heureusement, les travaux ont avancé sans accrocs depuis le mois de janvier 2026.
"On devrait pouvoir livrer les premiers logements début 2027", annonce M. Hempel. Une bonne nouvelle pour les futurs locataires de ces neufs appartements, et pour les copropriétaires de la résidence. Et l'autre bonne nouvelle, c'est que le déménagement des premiers permettra à une dizaine d'autres ménages d'accéder à un logement social.
Cet article est le cinquième d'une série concernant les faillites dans la VEFA. Le prochain reportage sera publié en fin de semaine prochaine sur RTL Infos, RTL Today et RTL.lu. Si vous êtes vous-même dans une situation similaire et que vous souhaitez être contacté par notre journaliste, envoyez un email à l'adresse suivante: rtlinfos@rtl.lu