Ambassadrice américaine au Luxembourg"Je parle le langage de Trump, qui n’est pas toujours facile à comprendre"

Ian Pocervina
adapté pour RTL Infos
Qu'il s'agisse d'obtenir la mise en place d'un vol transatlantique tant attendu ou d'adopter la coutume luxembourgeoise des "trois bises" pour se saluer, l'ambassadrice américaine Stacey Feinberg a consacré ses dix premiers mois à tisser des liens des deux côtés de l'Atlantique.
L'ambassadrice des États-Unis au Luxembourg, Stacey Feinberg, en entretien avec RTL, le 8 septembre 2026.
L'ambassadrice des États-Unis au Luxembourg, Stacey Feinberg, en entretien avec RTL, le 8 septembre 2026.
© René Pfeiffer

Près de dix mois après son arrivée au Grand-Duché, l’ambassadrice américaine Stacey Feinberg affirme que le Luxembourg a répondu aux attentes qu’elle avait formulées à son arrivée. Ses premiers mois ont été consacrés à nouer des relations, à renforcer les liens commerciaux et à mettre en place une nouvelle liaison aérienne quotidienne avec les États-Unis.

À l’approche du 25e anniversaire des attentats du 11 septembre, elle s’interroge également sur l’unité nationale, la mémoire collective et les valeurs qu’elle espère promouvoir par le biais de la diplomatie.

Le "visage amical de l’Amérique"

À son arrivée, Mme Feinberg avait décrit le Luxembourg comme le "joyau de l’Europe". Près de dix mois plus tard, elle va encore plus loin dans son appréciation. "C’est vraiment un joyau. C’est le joyau de la couronne de l’Europe", a-t-elle déclaré, saluant la chaleur, l’ouverture sur le monde et l’affinité avec les États-Unis qu’elle a pu constater.

Elle a également souligné l’étroite coopération de l’ambassade avec les ministères luxembourgeois, affirmant que leur capacité à travailler ensemble rapidement avait contribué à faire avancer des objectifs communs.

Mme Feinberg a adopté certaines coutumes locales, notamment la tradition luxembourgeoise des trois bises sur la joue – gauche, droite, gauche –, même si elle reste "naturellement du genre à faire des 'hug' "(NDLR : des "étreintes amicales").

Elle s’est également habituée au caractère très soudé de ce pays, qu’elle compare à un "campus universitaire" où la nouvelle d’un déjeuner d’affaires peut se répandre avant même que les personnes concernées ne soient rentrées chez elles.

Son approche diplomatique s’appuie largement sur son expérience de femme d’affaires : "Je suis stratégique dans tout ce que je fais."

Mme Feinberg a expliqué que sa première tâche avait consisté à identifier les décideurs et à comprendre quelles personnes et quelles institutions travaillaient bien ensemble. Elle s’est ensuite attachée à définir des objectifs communs, à identifier les obstacles et à instaurer la confiance nécessaire à la mise en œuvre d’initiatives à long terme.

Ce processus est au cœur de son ambition : accroître les investissements américains au Luxembourg tout en aidant les entreprises luxembourgeoises à se développer sur le marché américain. La prochaine étape, a-t-elle précisé, consistera à renforcer la coordination avec les ministres et les autres partenaires plutôt que de mener des initiatives distinctes, susceptibles de se chevaucher.

© René Pfeiffer

Le soutien aux femmes entrepreneurs a constitué une autre de ses priorités personnelles. Mme Feinberg a organisé des petits-déjeuners à la résidence de l’ambassadeur, offrant ainsi aux femmes d’affaires l’occasion d’échanger leurs coordonnées, leurs ressources, leurs frustrations et leurs conseils. Elle a expliqué que de nombreuses femmes entrepreneurs qu’elle avait rencontrées se sentaient isolées et ne disposaient pas d’un réseau de pairs confrontés à des défis similaires.

Tout au long de son mandat, Mme Feinberg a déclaré avoir cherché à incarner le "visage amical de l’Amérique" et à servir "d’interprète " des politiques du président Donald Trump.

"Parce que je parle le langage de Trump, qui n’est pas toujours facile à comprendre", a plaisanté Mme Feinberg.

La cohérence, a-t-elle ajouté, a été le fondement de ses relations au Luxembourg : elle évite de faire des promesses qu’elle ne peut pas tenir et accorde une importance particulière à la confiance et à la collaboration.

"Ma parole est mon engagement", a réaffirmé Mme Feinberg après avoir déjà souligné cette approche lors de sa première interview en tant qu’ambassadrice des États-Unis au Luxembourg.

"Vous m'avez supplié de le faire, maintenant réservez les billets d’avion !"

L’une des réalisations les plus marquantes de Mme Feinberg est la mise en place prévue d’une liaison aérienne entre Luxembourg et Newark par United Airlines, dont le lancement est prévu le 2 avril 2027.

L’ambassadrice a fait de la mise en place de cette liaison sans escale une priorité après avoir appris qu’il n’existait aucune liaison directe entre les deux pays. On lui a répété à plusieurs reprises qu’il serait extrêmement difficile d’en obtenir une, mais elle a réagi en contactant l’aéroport de Luxembourg, le ministre Backes, Luxair, ainsi qu’un certain nombre de compagnies aériennes américaines et internationales.

"On m’a dit que c’était impossible. Alors, en tant qu’Américaine, cela me donne encore plus envie de le faire… et plus vite", a déclaré Mme Feinberg à RTL, décrivant le lancement de cette liaison comme un "effet boule de neige" qui faciliterait la coopération future.

La plupart des transporteurs ont rejeté l’idée, mais United a demandé un business plan démontrant que la liaison pouvait être rentable. Mme Feinberg a alors consulté des PDG, des cabinets d’avocats, des responsables gouvernementaux et d’autres acteurs du monde des affaires luxembourgeois.

Des enquêtes ont été menées auprès de passagers potentiels pour savoir à quelle fréquence ils utiliseraient cette liaison et s’ils étaient sensibles au prix des billets. "La seule chose qui a plus de valeur que l’argent pour un homme d’affaires, c’est le temps", a-t-elle déclaré.

Cette affaire n’était pas purement commerciale. M. Feinberg a également recueilli les témoignages de Luxembourgeois qui avaient du mal à rendre visite à leurs proches aux États-Unis, ainsi que d’Américains qui souhaitaient un accès plus facile au Grand-Duché.

United s’est finalement engagée à assurer une liaison quotidienne – un élément essentiel pour M. Feinberg, qui a fait valoir que les voyageurs ne peuvent pas organiser leur vie en fonction d’un ou deux vols hebdomadaires. La liaison devrait être assurée par de nouveaux Airbus A321XLR équipés de 20 sièges-lits, de 12 sièges en classe économique premium et d’une "section en classe économique spectaculaire, qui rivalise avec ce que serait la classe économique premium chez n’importe quelle autre compagnie aérienne".

Son succès à long terme dépendra désormais des passagers, a-t-elle déclaré, lançant un défi sans détour au monde des affaires : "Vous m’avez suppliée de le faire, alors réservez vos billets !"

Mme Feinberg souhaite également que le Luxembourg adhère au programme américain Global Entry, qui permet aux voyageurs pré-approuvés de passer plus rapidement les contrôles d’immigration. Elle considère ce vol comme la première étape d’un effort plus large visant à développer le tourisme, les investissements et la coopération bilatérale.

Interrogée sur son prochain grand objectif, Mme Feinberg s’est contentée de répondre "restez à l’écoute", mais a laissé entendre que son attention se tournait désormais vers l’espace, s’engageant à faire de la ville de Luxembourg la "capitale spatiale de l’UE".

US Ambassador Stacey Feinberg discusses new Luxembourg–US direct flights
"I was told it was impossible. So, as an American, that makes me want to do it even more... and faster."

Souvenirs du 11 septembre, 25 ans plus tard

Pour Mme Feinberg, les attentats du 11 septembre 2001 restent une expérience profondément personnelle. Elle accompagnait son fils aîné, Robbie, pour son premier jour de maternelle lorsqu’un autre parent a signalé qu’un avion avait percuté le World Trade Center.

Au début, le groupe a pensé qu’il s’agissait d’un accident. La nouvelle du deuxième impact a clairement montré que les États-Unis étaient attaqués.

Manhattan étant bouclé et les communications coupées, Mme Feinberg est restée à l’école pour aider à s’occuper des enfants dont les parents ne pouvaient pas rentrer de la ville. Elle se souvient de la peur de cette journée, mais aussi du patriotisme, du courage et de la solidarité qui ont suivi.

US Ambassador Stacey Feinberg discusses 9/11 terrorist attacks
"It is a shame that it takes something, a Black Swan event like that, a horrible event like that, to bring communities together."

"Cela a uni les États-Unis d’une manière que nous n’avions jamais vue auparavant, du moins de mon vivant", a-t-elle déclaré.

Alors qu’une génération grandit sans souvenir direct des attentats, Mme Feinberg estime que la leçon essentielle à retenir est que les communautés ne devraient pas avoir besoin d’une catastrophe pour prendre soin les unes des autres. Les gens, a-t-elle ajouté, devraient s’efforcer de faire preuve de cette même solidarité au quotidien.

"C’est dommage qu’il faille un événement aussi imprévisible, un événement aussi horrible, pour rassembler les communautés", a déclaré Mme Feinberg.

L’ambassade des États-Unis marquera cet anniversaire par une cérémonie du drapeau et une minute de silence en hommage aux 2.977 victimes, tout en rendant hommage aux premiers intervenants, aux civils et aux particuliers dont les actes de courage et de générosité ont incarné ce que Mme Feinberg appelle "l’esprit américain".

Malgré les divisions politiques actuelles, l’ambassadrice reste optimiste. Les Américains peuvent être en désaccord, a-t-elle déclaré, mais la liberté d’expression et l’échange d’idées différentes sont fondamentaux.

Il s’agit d’écouter et d’apprendre les uns des autres au lieu de recourir aux cris ou aux attaques personnelles – un principe qui, espère-t-elle, renforcera également l’amitié entre les États-Unis et le Luxembourg.

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