Rendez-vous ce dimanche 8 marsLa santé, combat de l'année 2026 pour les femmes au Luxembourg

Thomas Toussaint
La plateforme JIF et les associations qui la composent ont fait de la santé le thème principal de leurs revendications 2026. Nos explications, à quelques jours de la marche féministe organisée le 8 mars à Luxembourg-ville, pour la journée internationale des droits des femmes.

Des revendications variées et un message à faire passer : la santé dépasse le cadre du simple accès aux soins. Les associations membres de la plateforme féministe JIF ont fait de ce thème le cœur de leurs revendications pour cette année 2026.

Bien que le Luxembourg reste un pays développé avec d’importants progrès sociaux obtenus au cours des dernières années, des inégalités demeurent. Notamment autour de la santé des femmes, “profondément façonnée par les conditions de vie : revenus, travail, logement, statut administratif, expositions aux violences et aux discriminations”.

Lutte contre les violences faites aux femmes

Dénonçant un problème de “système”, global donc, la JIF rappelle que les femmes se retrouvent plus souvent dans des situations de précarité, de violences ou sont invisibilisées. En 2024, plus de 58% des victimes de violences conjugales étaient des femmes, tandis que 65% des auteurs de ces violences étaient... des hommes. Malgré tout, le manque de données par genre est aujourd’hui devenu un frein à l’identification de ces problèmes. Sans compter que la notion même de féminicide n’existe pas dans le code pénal. Et ne le sera pas puisque la ministre de la Justice a estimé en début d’année que la loi luxembourgeoise sanctionnait déjà lourdement la discrimination de genre comme circonstances aggravantes dans un crime.

Dans le registre judiciaire, Cléo Thoma, du CID Fraen an Gender, rappelle que les violences et la discrimination ont des effets néfastes profonds et durables sur la santé. Raison pour laquelle le JIF demande notamment de rendre les crimes sexuels “imprescriptibles” . “Cela peut prendre parfois des années avant de porter plainte” rappelle-t-elle. Surtout lorsque les plaintes déposées par des femmes dans ce domaine sont parfois moins bien reçues.

Les femmes vivent plus longtemps, mais en moins bonne santé

Outre le renforcement de l’accès aux soins (généralisation du tiers-payant, élargissement de la couverture universelle de soins de santé, renforcement de la gratuité de la contraception, toujours largement orientée vers la contraception féminine et n’incluant pas le préservatif masculin), la plateforme JIF formule une série de demandes claires comme la reconnaissance de plusieurs maladies (endométriose, syndrome des ovaires polykystiques, troubles hormonaux...). Et suggère de créer un congé spécifique pour les problèmes de santé chroniques. Ce qui inclut notamment les problèmes liés aux menstruations, à la ménopause ou à l’endométriose. “Mais ce n’est pas un congé pour les femmes, il pourrait servir pour tous les problèmes chroniques.”

➡️ IVG dans la Constitution : un vote historique ce mardi 3 mars
Les députés luxembourgeois voteront ce mardi 3 mars 2026 pour inscrire ou non l’interruption volontaire de grossesse dans la constitution. La proposition, ouverte depuis bientôt deux ans, doit trouver une majorité qualifiée de 40 députés pour faire inscrire le texte au chapitre des libertés publiques. En changeant son appellation de “droit” par “liberté” et en écartant la contraception, un compromis a été trouvé parmi la plupart des députés de la majorité et de l’opposition. Compromis qui devra donc être confirmé ce mardi par ce vote symbolique et historique.

Une donnée sur le Luxembourg interpelle notamment : tout en ayant l’espérance de vie la plus élevée du pays (plus de 85 ans pour les femmes, contre 81 ans pour les hommes), les femmes ont unes espérance de vie “en bonne santé” plus courte (59 ans seulement, pour plus de 60 ans pour les hommes). Un écart qui fait du Luxembourg “un mauvais élève” en la matière. Et qui rappelle que la santé des femmes est globalement moins bien suivies et leurs douleurs “souvent minimisées” assure Emilie Kaiser, directrice adjointe du Planning familial.

Reste finalement le cœur du système qu’il faut revoir : le modèle économique luxembourgeois. Qui n’est pas à un paradoxe près : le Grand-Duché est un des pays les plus riches d’Europe, et un des plus proches de mettre en place l’égalité salariale effective entre les femmes et les hommes. Pourtant, les femmes y sont embauchées à temps partiel plus souvent que les hommes. Leurs carrières sont plus souvent interrompues pour des raisons familiales et elles consacrent environ deux fois plus de temps que les hommes au “travail non rémunéré”. À la retraite, elles sont ensuite bénéficiaires d’allocations bien plus faibles que les hommes (environ 30% inférieures, en moyenne). Preuve que le combat pour les droits des femmes n’est pas fini et ne peut pas se résumer à cette journée du 8 mars.

➡️ Marche féministe du 8 mars 2026

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