
"La situation sur le terrain est très grave et il est grand temps pour que s'opère un changement de mentalité", déclare le syndicat Éducation et Sciences de l'OGBL (SEW/OGBL) au sujet des violences en milieu scolaire. Le syndicat a mené une enquête nationale ces derniers mois afin d'y voir plus clair et, surtout, de recueillir des données sur le nombre réel d'incidents, leur gravité et leurs conséquences. Les résultats sont préoccupants et il est enfin temps d'agir estime le syndicat.
Il a souvent été contacté par des membres victimes de violences qui se sentent impuissants. C'est pourquoi le SEW/OGBL a décidé de mener une enquête nationale pour déterminer s'il s'agit d'un problème structurel. Au total 1.115 enseignants ont répondu à un questionnaire entre fin janvier et mi-avril.
"Ce qui nous a particulièrement frappés, c'est que 820 participants ont déclaré avoir subi des violences au cours des 12 derniers mois. Parmi eux, 38 %, soit 314 personnes, ont indiqué avoir subi ces violences entre une et cinq fois par semaine", rapporte
Joëlle Damé du SEW/OGBL.

La violence est principalement le fait des élèves, mais un tiers des personnes interrogées ont également déclaré avoir subi des violences de la part de parents ou tuteurs. La violence verbale est la forme la plus fréquemment mentionnée, mais pas seulement: "450 personnes ont été agressées physiquement au cours des douze derniers mois. Parmi elles, 233 ont été blessées et 64 ont consulté un médecin suite à un acte de violence. Et nous ne parlons ici que des douze derniers mois", résume Joëlle Damé, pour souligner l'ampleur du phénomène.
Cette violence est banalisée et elle reste souvent impunie. La protection des agresseurs prime souvent sur celle des victimes. Le syndicat s'inquiète également du fait que des parents retirent leurs enfants de l'école pour les protéger de ces actes de violence.
De nombreux incidents ne sont pas signalés. Le sondage mentionne comme raisons le coût, la lourdeur administrative et la peur. Vera Dockendorf, de SEW/OGBL, explique que "si on signale un incident, les gens craignent une remarque déplacée de la hiérarchie, qu'ils remettent eux-mêmes en question, au lieu de s'attaquer au problème de la violence à la racine. Beaucoup ont le sentiment d'être abandonnés par la hiérarchie sur ce sujet".
Le syndicat déplore l'absence de mesures concrètes pour traiter ces cas et exige, entre autres, que le personnel enseignant soit préparé à cette éventualité dès son stage: "Nous souhaitons que le problème soit rendu plus visible et que le nombre d'incidents de violence soit recensé statistiquement. Nous aimerions avoir des signalements d'incidents, des statistiques qui les enregistrent et un rapport annuel analysant la fréquence et les lieux des violences."
Un soutien psychologique et juridique aux enseignants et aux victimes est nécessaire. Des directives claires applicables à tous les établissements, des actions de sensibilisation et de formation, voire un système anonyme de signalement des violences, figurent parmi lesrevendications du syndicat. Malheureusement, aucune mesure n'a été prise à ce jour et le SEW/OGBL déplore que le ministère de l'Éducation tente d'étouffer l'affaire.