À LuxembourgSeringues, matériel usagé, scènes de consommation : sur les traces de la drogue

Raphaël Ferber
Après avoir raconté les vols, les agressions et les problèmes liés à la drogue dans son restaurant, Alexandre De Toffol nous emmène dans plusieurs endroits où, selon lui, les consommateurs se cachent pour se droguer. De la Pétrusse au quartier Gare, l'entrepreneur connaît les recoins, observe les indices et photographie ce qu’il trouve. Parfois à quelques mètres seulement des touristes, des enfants ou des étudiants.
Alexandre De Toffol montre un endroit situé sous le Vieux-Pont où, selon lui, des consommateurs viennent régulièrement se droguer.
Alexandre De Toffol montre un endroit situé sous le Vieux-Pont où, selon lui, des consommateurs viennent régulièrement se droguer.
© Raphaël Ferber - RTL Infos

"C’est un peu comme la chasse." Alexandre De Toffol avance dans un petit bout de forêt de la Pétrusse, à quelques mètres du boulevard Charles Marx. Il n’était jamais venu ici auparavant. Mais le restaurateur, qui est aussi chasseur, affirme savoir reconnaître certains indices.

Des morceaux de journaux. Des restes de sandwichs. Des emballages. Du matériel usagé. Pas de scène spectaculaire cette fois. Mais suffisamment d’indices, estime-t-il, pour penser que des personnes viennent régulièrement s’isoler ici.

Quelques mètres plus loin, il désigne un recoin de végétation. Il raconte y avoir déjà trouvé des installations de fortune. Il n’est toutefois pas en mesure de dire si elles sont encore utilisées aujourd’hui.

"Il y a des enfants… à 50 mètres des dealers"

La voiture reprend ensuite la direction du quartier Gare. Rue de Strasbourg, Alexandre De Toffol ralentit. Il connaît les endroits où il dit avoir l’habitude de voir les mêmes personnes. Il désigne un arrêt de bus, puis plusieurs individus installés à proximité. "Les dealers sont là. Deux, trois. Là, une prostituée. Ça craint vraiment dans le coin..."

Plus loin, il en désigne encore d’autres. Selon lui, certains restent des heures au même endroit sans prendre le bus. "Ils sortent de partout. Regardez. Un, deux, trois… Ils cherchent tout de suite notre regard, c'est flagrant."

Alexandre De Toffol inspecte un recoin situé en contrebas d’un promontoire de la capitale, à la recherche de traces de consommation.
Alexandre De Toffol inspecte un recoin situé en contrebas d’un promontoire de la capitale, à la recherche de traces de consommation.
© Raphaël Ferber / RTL Infos

Le restaurateur assure que la situation était différente il y a dix ou quinze ans. "Ils se cachaient un peu plus. Là, c’est devenu vraiment n'importe quoi." Son regard se porte vers un parc de jeux situé à proximité. "Là, il y a des enfants… à 50 mètres des dealers." Il poursuit sa route. La présence policière, elle aussi, est visible. On croise plusieurs patrouilles en quelques minutes.

Le restaurateur reconnaît d’ailleurs que certaines périodes sont plus calmes. Il dit parfois ne plus voir les dealers et les consommateurs pendant plusieurs jours, avant de les voir réapparaître. "Mais bon, aujourd'hui, il y en a énormément."

Sous nos yeux, un des hommes se pique

La virée se poursuit jusqu’au boulevard de la Pétrusse. Cette fois, Alexandre De Toffol gare la voiture. Nous descendons à pied vers un promontoire qui surplombe la vallée de la Pétrusse, face au bâtiment de l’ARBED. Quelques personnes se trouvent en contrebas, légèrement à l’écart, plaquées contre la roche.

Leur activité ne laisse cette fois guère de doute. Sous nos yeux, l’un des hommes se pique. Au sol, des seringues et du matériel usagé sont éparpillés autour d’eux.

Alexandre De Toffol sort son téléphone. Il prend plusieurs photos. Elles seront rapidement publiées dans le groupe WhatsApp "Sécurité Luxembourg Ville centre", qui rassemble environ 400 personnes.

Des seringues et du matériel usagé jonchent le sol, en contrebas d’un promontoire de la capitale. Nous venons d'assister à une scène de consommation de drogue.
Des seringues et du matériel usagé jonchent le sol, en contrebas d’un promontoire de la capitale. Nous venons d'assister à une scène de consommation de drogue.
© Raphaël Ferber / RTL Infos

Le restaurateur veut ensuite nous montrer un autre endroit, à quelques mètres seulement, sous le Vieux-Pont qui relie la Ville Haute au quartier Gare. Là encore, des emballages et des seringues jonchent le sol. Quelques mètres seulement séparent le petit chemin pavé de l’endroit où le matériel a été abandonné.

Sur le chemin du retour vers la voiture, deux jeunes femmes sont installées sur un muret. De l’autre côté d’une grille, en contrebas, du matériel usagé et plusieurs seringues sont encore visibles. Alexandre De Toffol regarde la scène. "Franchement, on a l’impression que la capitale est devenue une salle de shoot à ciel ouvert. La police devrait les emmener vers les salles spécialisées pour ça… On est au milieu des touristes et des jeunes, vous vous rendez compte ?"

Il affirme pouvoir encore nous emmener dans "plein" d’autres endroits où, selon lui, des scènes similaires peuvent être observées.

"Quand j’étais petit, c’était un endroit de rêve"

La voiture reprend la route. Quelques centaines de mètres plus loin, Alexandre De Toffol nous emmène au fond de la rue Mathias Hardt, sur la partie haute du parc de la Vallée de la Pétrusse. Il regarde la pente qui descend vers la vallée.

"Ici, quand j’étais petit, c’était un endroit de rêve pour faire de la luge. Une des plus grandes pentes à Luxembourg-ville." Puis il pointe du doigt les alentours. "Maintenant, je ne conseillerais pas à des enfants de venir faire de la luge ici…"

Sous les jambes de deux jeunes femmes installées sur un muret, des seringues et du matériel usagé sont visibles derrière une grille.
Sous les jambes de deux jeunes femmes installées sur un muret, des seringues et du matériel usagé sont visibles derrière une grille.
© Raphaël Ferber / RTL Infos

Dans son discours, les problèmes liés à la consommation de drogue se mêlent ainsi à une autre inquiétude : celle de voir certains espaces publics changer de fonction et d'image.

Demi-tour, direction le centre-ville par le Vieux-Pont. Au feu rouge, Alexandre De Toffol nous interpelle une fois de plus. "Regarde, en voilà un." Un homme vient de s'approcher d'une poubelle. Le restaurateur observe son comportement. "On les reconnaît à leur attitude. Je suis sûr qu’il va se mettre à fouiller dans la poubelle."

Deux secondes plus tard, l’homme plonge effectivement les mains dans cette poubelle de la Ville. L'entrepreneur y voit un indice supplémentaire de ce qu’il décrit depuis le début de la journée. "Ils sont toujours en train de chercher quelque chose. Ils sont constamment dans cette logique de trouver une cachette pour voir s’il n’y a pas de l’argent ou de la drogue à récupérer."

"Il y a toujours des nouveaux dealers..."

Sur le chemin du retour, le restaurateur évoque les habitudes des personnes qu’il dit avoir identifiées au fil des années. "Ils savent quand il y a beaucoup de monde en ville, les vendredi soirs par exemple."

Il affirme également que beaucoup de pickpockets connaissent les endroits permettant de disparaître rapidement après un vol. "Ils sont souvent proches des parcs, pour pouvoir s’enfuir facilement une fois qu’ils ont volé quelque chose à quelqu’un."

Quelques minutes plus tard, nous arrivons devant l’un de ses restaurants du centre-ville.

À peine descendu de voiture, Alexandre De Toffol fait le point avec son serveur. Un habitué vient d’être repéré. Il s’agit, selon lui, d’un pickpocket déjà identifié par l’équipe. Il craint qu’il ne vienne à nouveau perturber les clients installés en terrasse, alors qu’un week-end particulièrement animé se profile.

La vigilance des commerçants ne semble donc pas prête de retomber. "J’en connais beaucoup, des mendiants, des voleurs, des perturbateurs… mais il y a toujours des nouveaux. C’est ça le pire. Je me demande quand ça va s’arrêter…"

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