
Un deuil national a été décrété dans le royaume scandinave à la suite du décès, vendredi à 6h35 (4h35 GMT), à l'âge de 89 ans, du doyen des souverains d'Europe.
De nombreux Norvégiens ont continué samedi à affluer devant le palais royal d'Oslo, où des montagnes de fleurs jonchaient le sol après le passage de plus de 20.000 personnes venues se recueillir vendredi devant la dépouille du défunt roi.
"Tout le monde est triste, et le roi était un homme que tout le monde respectait. Un homme bien, donc je pense que tout le monde se sent un peu abattu aujourd'hui", a confié à l'AFP Anne Lobbe, 35 ans, devant le palais samedi matin.

Son fils Haakon, 53 ans, lui succède alors que la monarchie norvégienne est fragilisée par une série de scandales.
Le nouveau roi, qui aura comme son père des fonctions essentiellement protocolaires, s'est rendu au palais royal avec sa fille de 22 ans, Ingrid Alexandra, la nouvelle princesse héritière, pour informer officiellement le gouvernement du décès de son père.
"Je prendrai le nom de Haakon VIII et je perpétuerai la devise que mon père, mon grand-père et mon arrière-grand-père ont choisie: "Tout pour la Norvège"", a-t-il déclaré.
Il doit tenir samedi des audiences avec les dirigeants de l'Eglise de Norvège, du Parlement et de la Cour suprême, et doit s'adresser au peuple norvégien dans les prochains jours.

Sans attendre les funérailles royales, dont la date n'a pas été annoncée et qui marqueront la fin du deuil national, le nouveau souverain prêtera serment d'allégeance à la Constitution mardi. Il ne devrait pas être couronné, pratique abolie en 1908, mais pourrait choisir, comme son père et grand-père, de faire bénir son règne lors d'une cérémonie en la cathédrale de Trondheim, où les rois norvégiens ont été couronnés entre 1814 et 1906.
Le public pourra se recueillir devant le cercueil du défunt roi dans la chapelle du palais, mais aucune date n'a encore été annoncée pour cela.
"Une époque s'est terminée. Une nouvelle commence. Le roi est mort. Vive le roi", a déclaré le Premier ministre, Jonas Gahr Støre dans un bref discours après sa rencontre avec le nouveau monarque.
"Nous nous souviendrons du roi Harald pour son amour de son peuple, son humour et sa chaleur humaine, et pour sa foi inébranlable en nous", a ajouté le dirigeant.

Hospitalisé depuis le 17 août, Harald souffrait d'une anémie hémolytique, maladie du sang qui se traduit par une destruction anormalement rapide des globules rouges.
Les hommages ont aussi afflué de l'étranger, de la part des monarchies européennes ainsi que des dirigeants du monde entier dont Donald Trump qui a salué la mémoire d'"un homme fort, fier, et grandement respecté".
Harald V, qui était monté sur le trône en 1991, était largement perçu comme l'incarnation d'une Norvège ouverte et tolérante.
Nombre de Norvégiens interrogés par l'AFP ont cité son discours après les attaques mortelles du néonazi Anders Behring Breivik qui ont fait 77 victimes le 22 juillet 2011, le pire massacre en Norvège depuis la Seconde guerre mondiale.
Harald "était quelqu'un qui semblait toujours trouver les mots qui nous rassemblaient et nous donnaient un sentiment de sécurité", a confié à l'AFP Caroline Vagle, journaliste pour le magazine Se og Hor.
Depuis plusieurs années, Harald souffrait de multiples problèmes de santé, mais il a toujours exclu d'abdiquer, faisant valoir qu'il avait prêté un serment à vie devant le Parlement.
Son héritier, Haakon, populaire, se montre modeste, fuyant le faste et l'ostentation. Il a fait siennes les préoccupations de sa génération: défense de l'environnement, lutte contre le racisme, combat contre l'homophobie...

Mais il accède au trône au milieu de vents contraires.
Les liens de son épouse Mette-Marit avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein, la condamnation de son beau-fils pour viol, et les frasques du couple excentrique formé par sa sœur et un Américain chaman autoproclamé ont entamé le lustre de la monarchie.
La famille royale a par ailleurs traversé une période difficile ces derniers mois en raison des problèmes de santé du défunt souverain et de la nouvelle reine.
Mette-Marit souffre d'une maladie pulmonaire incurable qui lui a valu une greffe des poumons en juin, tandis que la reine Sonja, veuve de Harald, avait été brièvement hospitalisée en mai pour des problèmes cardiaques.