
À la suite des récents incidents impliquant des drones survenus il y a deux semaines, le député du Parti pirate Sven Clement reproche au gouvernement une communication catastrophique. Lundi matin, sur RTL, il s’est demandé comment ces incidents ont pu se produire. Ce n’est en effet pas la première fois que des drones inconnus sont détectés dans le ciel luxembourgeois et, dès le début de l’année, le gouvernement avait promis "solennellement" à la Chambre de tout mettre en œuvre pour éviter que cela ne se reproduise. "Manifestement, ils n’en ont pas fait assez ces derniers mois, car nous avions déjà rencontré ce problème une première fois".
"La première fois, on peut être pris au dépourvu", a déclaré Sven Clement. Mais selon lui, le gouvernement a trébuché deux fois sur le même obstacle.
À ses yeux, le Luxembourg doit "pouvoir se défendre". Les investissements dans la défense doivent cependant être réalisés de manière intelligente et non pas, selon ses propres termes : "en passant une fois l'arrosoir à travers le pays et en espérant que des fleurs de la défense ou de la paix pousseront ensuite". Selon l'élu pirate, la plupart du temps, ce sont toujours les mêmes entreprises qui décrochent des marchés de plusieurs milliards et, au bout du compte, le pays se retrouve avec des équipements coûteux qu’il faut remplacer après dix ans.
Le Parti pirate dit clairement "oui aux investissements, mais ces investissements doivent, premièrement, avoir des retombées économiques au Luxembourg et, deuxièmement, être pertinents pour le Luxembourg. Nous ne devrions pas signer de chèque en blanc, car il s’agit de sommes considérables provenant de l’argent des contribuables. Il faut donc que ces investissements puissent aussi avoir une application concrète au Luxembourg."
Même si l’on ignore encore qui se cache derrière les drones, il devient "de plus en plus évident" que l’Europe et le Luxembourg "n’ont plus seulement des amis". Outre les provocations impliquant des drones et les cyberattaques, les campagnes de désinformation et de haine sur Internet constituent de nouvelles formes d’attaques hybrides. Le député pirate a déclaré : "Cela ne peut faire de bien à aucun démocrate, qu’il appartienne à un parti établi ou non établi."
Son parti est toutefois résolument opposé à toute forme de censure sur Internet ainsi qu’à l’interdiction des réseaux sociaux. Faut-il alors simplement s’accommoder des trolls, ces provocateurs en ligne ? "Absolument pas", répond Sven Clement. Il se dit d’accord avec la Commission européenne pour réglementer les différentes composantes ou mécanismes "toxiques", comme le défilement infini ou encore l’affichage du nombre de "likes".
Les Pirates privilégient l’éducation aux médias dès le plus jeune âge. Sven Clement a également insisté sur la responsabilité des parents. Selon lui, ce n’est pas à l’État de "jouer au papa ou à la maman". Interdire une plateforme à celui qui reçoit les contenus parce que l’on ne parvient pas à contrôler celui qui les diffuse reviendrait, à ses yeux, à "prendre le problème par le mauvais bout".
L’intelligence artificielle, qui s’est récemment livrée de manière autonome à plusieurs cyberattaques, devrait elle aussi être réglementée en partie, estime Sven Clement. Il se montre toutefois méfiant face aux appels à davantage de réglementation émanant des grands acteurs du secteur. Il suspecte les patrons de la tech de chercher, à travers la réglementation, à protéger leurs propres intérêts et leur oligopole. Maintenant que leurs projections financières ne se réalisent pas comme ils l’espéraient, ils souhaiteraient que de potentiels concurrents, notamment européens, soient "écartés du marché par la réglementation".
Selon le député pirate, la responsabilité de cette "rogue AI", cette IA imprévisible, incombe aux entreprises qui ont entraîné ces modèles de cette manière. À ses yeux, il faudrait simplement empêcher que ces comportements puissent être reproduits par les modèles. Il faudrait en tout cas éviter de "se lier soi-même une main dans le dos" et de préserver ainsi l’avance des grandes entreprises.
Sven Clement n’assistera par ailleurs pas à la visite du pape à Metz, puisqu’il se décrit comme un "agnostique revendiqué", ou comme un "athée avec une assurance-vie", ainsi qu’il aime souvent le dire. Pour le reste, le député pirate voyage beaucoup pour le compte de la Chambre, le plus souvent en rapport avec l’OTAN et la Banque mondiale, a-t-il expliqué. Lundi matin, il ne peut toutefois pas dire combien de miles il aurait accumulés, puisque les députés ne sont plus autorisés à les collectionner.