Interview du président finlandaisLe Luxembourg est "un symbole de la stabilité en Europe"

Ian Pocervina
adapté pour RTL Infos
Le président finlandais Alexander Stubb a effectué une visite d’État de deux jours au Luxembourg, un pays qu'il connaît d'autant mieux qu'il y a vécu plusieurs années, alors qu'il travaillait à la BEI. Il a évoqué ses souvenirs, son admiration pour le Grand-Duché, mais aussi les ambitions de la Finlande dans le domaine spatial et la situation internationale lors d'une interview accordée à RTL.
© SIP

Pour le président finlandais Alexander Stubb, sa visite d’État au Luxembourg a aussi été l’occasion de revenir dans un pays qu’il connaît bien. Lors d’un entretien avec RTL, au deuxième jour de sa visite, il a expliqué que ce séjour était pour lui empreint de nostalgie et d’émotion.

En effet, Alexander Stubb a vécu au Luxembourg de 2017 à 2020. Il travaillait alors à la Banque européenne d’investissement. "C’est nostalgique et c’est agréable" explique le président finlandais. L’accueil qui lui a été réservé par la famille grand-ducale et le gouvernement constitue également un honneur pour lui.

Alexander Stubb se souvient qu’à l’époque où il vivait au Luxembourg, il parcourait le pays à vélo. Une chose lui a donc manqué lors de cette visite : l’occasion d’aller faire du vélo avec Fränk Schleck. Peut-être lors d'une prochaine visite.

Il décrit le Luxembourg comme "l’un des plus beaux et, à vrai dire, l’un des meilleurs pays du monde", en soulignant en particulier son caractère moderne. Mais au-delà de ses souvenirs personnels, il insiste également sur le rôle du Luxembourg dans le monde. "Vous avez toujours été un symbole de stabilité en Europe", dit-il. "En Europe, nous avons besoin de pays comme le Luxembourg."

Relations bilatérales entre le Luxembourg et la Finlande

Selon Alexander Stubb, leurs valeurs communes constituent le fondement des relations entre la Finlande et le Luxembourg. Les deux pays défendent les institutions internationales, les règles et les normes dans le cadre de l’Union européenne, de l’OTAN et des Nations unies.

Cette relation repose également sur des contacts personnels. Interrogé sur ses échanges réguliers avec le Premier ministre Luc Frieden, Alexander Stubb a expliqué que la diplomatie moderne passe de plus en plus par les services de messagerie. Cela permet aux chefs d’État et de gouvernement d’échanger directement sur des sujets importants.

Les technologies spatiales et le secteur de l’informatique quantique pourraient renforcer la coopération entre les deux pays, selon le président finlandais. D'après lui, les entreprises finlandaises spécialisées dans les satellites et le secteur spatial luxembourgeois, déjà bien établi, pourraient coopérer dans les applications militaires et civiles, ainsi que dans les technologies. "Je pense que nous avons un avantage concurrentiel, parce que nous sommes rapides et flexibles", a-t-il déclaré. Pour Alexander Stubb, coopération et concurrence peuvent coexister dans une combinaison saine.

Interrogé sur la possibilité que le Luxembourg devienne la capitale européenne de l’espace, il a salué cette ambition et repris une remarque qu’il avait faite la veille au soir dans son discours lors de la soirée de gala. "La Finlande et le Luxembourg, nous sommes deux petits pays. Alors, si nous ne parvenons pas à dominer le monde, peut-être pouvons-nous au moins conquérir ensemble l’espace", a plaisanté le président.

Sécurité européenne et mondiale

Alexander Stubb estime que les petits pays peuvent exercer une influence grâce à l’information, aux relations et à l’action commune. À ce propos, il a souligné les similitudes entre son discours et celui du Grand-Duc Guillaume lors de l'Assemblée des Nations unies la semaine dernière, avec leurs messages sur la confiance, le multilatéralisme et les droits fondamentaux. La Finlande et le Luxembourg partagent des valeurs et ont des intérêts similaires dans de nombreux domaines, mais, seuls, ils n'ont que des possibilités limitées pour exercer une influence, d'où l'importance de l’Union européenne et de l’OTAN, qui leur permettent d'influer sur les affaires internationales.

Concernant la guerre en Ukraine, Alexander Stubb estime que la Russie n’a pas atteint ses principaux objectifs stratégiques : l’Ukraine s'est rapprochée de l’Europe, l’OTAN s'est élargie avec l’adhésion de la Finlande et de la Suède, et l’Union européenne est restée unie.

Parmi les priorités immédiates pour la poursuite du soutien à Kiev, il cite la défense aérienne, les infrastructures énergétiques et le financement. Et cela tout en maintenant la pression sur Moscou par le biais des sanctions. Dans le même temps, cette pression doit également laisser une place à la diplomatie. Alexander Stubb a déclaré que l’Europe agissait actuellement sous une sorte de "parapluie diplomatique" américain. Lui-même est en contact chaque semaine avec des négociateurs américains et presque quotidiennement avec des Ukrainiens.

"Je pense qu’à un moment donné, nous devons, en Europe, lever ce blocage psychologique et comprendre que le simple fait de mettre en mode silencieux ne fonctionne pas", estime-t-il. Une implication diplomatique européenne plus forte dans les échanges avec Moscou devrait cependant recevoir l’assentiment de l’Ukraine et être considérée comme utile par Kiev. Alexander Stubb dit avoir reçu des signaux montrant que l’Ukraine souhaiterait voir les Européens jouer un rôle plus actif.

Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient étant, selon lui, liés, les États-Unis ont intérêt à maintenir des alliances étroites avec les Européens.

Concernant sa propre relation avec le président américain Donald Trump, le président finlandais a mis en garde contre une surestimation de son influence, souvent évoquée. S’il peut faire avancer les choses ne serait-ce que sur un sujet sur dix, cela en vaut déjà la peine, a-t-il expliqué. "En diplomatie, il est essentiel d’être diplomate en public et de pouvoir ensuite être direct en privé", a conclu le président finlandais.

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