Incendie dans le sud-ouestLes touristes invités "à ne pas se rendre en Gironde", les flammes progressent

RTL Infos avec AFP
En Gironde, la préfecture a estimé ce dimanche matin que l'incendie a fait 42.000 hectares de "surface brûlée". Plus de 220.000 personnes, dont des touristes, ont été contraintes d'évacuer.
Plus de 140.000 personnes évacuées, les flammes s'approchent de Bordeaux
Plus de 140.000 personnes évacuées et 22.000 hectares brûlés: les flammes continuent dans la nuit de vendredi à samedi de dévorer les Landes et la Gironde.

Les autorités déconseillent aux touristes de "rejoindre la Gironde", ravagée par un puissant incendie qui a parcouru au moins 42.000 hectares, et les appellent à envisager "une autre destination", a déclaré dimanche la préfète du département.

"J'incite les touristes à ne pas venir, ne pas rejoindre la Gironde", a déclaré Sophie Brocas en conférence de presse, invitant par ailleurs "les touristes présents à envisager une autre destination".

Quelque 220.000 personnes, dont des touristes, ont été évacuées ces derniers jours de plusieurs localités girondines, en particulier des stations balnéaires très prisées en cette période estivale comme Lège-Cap-Ferret.

Autoroute fermée

L'incendie massif qui a embrasé les pourtours du bassin d'Arcachon et menace désormais les abords de la métropole de Bordeaux a ravagé 42.000 hectares de "surface brûlée", a annoncé dimanche la préfecture de la Gironde, qui a évacué au total 220.000 personnes depuis mercredi.

"À 4H00 ce dimanche 26 juillet, (l')estimation de la surface brûlée (est) de 42.000 hectares", a déclaré la préfecture dans sa boucle de communication aux médias, précisant que l'autoroute A63 entre Bordeaux et l'Espagne était fermée sur 60 km.

Le feu se trouve "à 15 kilomètres" de la métropole bordelaise, mais une évacuation de Bordeaux n'est "pas à l'ordre du jour", a réaffirmé dimanche son maire Thomas Cazenave.

"Il n'y a pas d'évacuation de Bordeaux à l'ordre du jour, je le redis. Ici, le feu est davantage au sud. Il est toujours en lisière de métropole, mais il ne progresse pas sur le flanc ouest de la métropole"

"Il n'y a pas d'évacuation de Bordeaux à l'ordre du jour, je le redis. Ici, le feu est davantage au sud. Il est toujours en lisière de métropole, mais il ne progresse pas sur le flanc ouest de la métropole", a déclaré l'édile lors d'un point presse, situant les flammes entre "25 et 30 km" de Bordeaux et "15 km de la métropole" au niveau de Martignas-sur-Jalle. Cette commune de 8.000 habitants, à l'extrême ouest de la métropole et limitrophe de l'aéroport de Mérignac, a déjà été évacuée.

"On est toujours prêts à tous les scénarios", a répété Thomas Cazenave sur la question de l'évacuation de Bordeaux (270.000 habitants). "Mais il ne sert à rien d'affoler les populations si ce scénario n'est pas aujourd'hui sur la table. Il n'est pas sur la table, il n'est pas pour l'instant envisagé", a-t-il insisté, s'exprimant devant la presse au centre d'accueil pour les évacués établi au parc des expositions de Bordeaux.

L'un des plus gros feux connus en France

Ce feu figure déjà parmi les plus importants répertoriés en France depuis la Seconde Guerre mondiale. En 1949, le grand incendie qui avait embrasé la forêt des Landes de Gascogne, le plus meurtrier jamais vu en France, avait ravagé environ 50.000 hectares.

Avec l'évacuation dans la nuit de nouvelles communes situées au sud-est du Bassin ou proches de la métropole (Marcheprime, Le Barp, Biganos, Mios, Cestas), soit 55.000 personnes, ce sont désormais 220.000 personnes au total qui ont été évacuées en Gironde, soit l'une des plus grandes évacuations jamais organisée en France à la suite d'incendies.

Dans un point de situation à 02H00 du matin, la préfecture avait évoqué une "propagation rapide de l'incendie" en début de nuit, liée "à la végétation sèche" et au "vent, avec des rafales pouvant atteindre jusqu'à 40km/h".

"A 20h00, un phénomène de pyrocumulonimbus a ainsi pu être observé. Aussi, les sauts de feu ont constitué un vecteur important de propagation de l'incendie", a-t-elle écrit.

Cette photo, fournie par le caporal-chef Damien Rembert du SDIS 33 (Service départemental d'incendie et de secours) et prise le 24 juillet 2026, montre des pompiers français tentant d'éteindre un feu de forêt près de Saumos et de Sainte-Hélène, au nord-ouest de Bordeaux, dans le département de la Gironde.
Cette photo, fournie par le caporal-chef Damien Rembert du SDIS 33 (Service départemental d'incendie et de secours) et prise le 24 juillet 2026, montre des pompiers français tentant d'éteindre un feu de forêt près de Saumos et de Sainte-Hélène, au nord-ouest de Bordeaux, dans le département de la Gironde.
© SDIS33 - Caporal-chef Damien Rembert/AFP

Selon une cartographie de la progression de l'incendie diffusée dans la nuit par les autorités, le feu s'est orientée vers le sud-est en direction de Marcheprime, localité située sur la ligne SNCF entre Bordeaux et Arcachon.

La fermeture de l'autoroute A63, axe majeur du trafic entre le nord de l'Europe et la péninsule ibérique, concerne le tronçon entre l'échangeur 17 de Liposthey et l'échangeur 24 de Cestas, dans le sens Sud-Nord ; et entre la rocade de Bordeaux et Marcheprime dans le sens Nord-Sud.

Mais le premier ministre Sébastien Lecornu a averti samedi en fin de journée sur X que "les prévisions redeviennent défavorables" et que "les prochaines heures peuvent être difficiles" sur zone.

L'incendie "sera long à combattre", a prévenu le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez dans un entretien à paraître dimanche dans La Tribune.

"Dans ces heures où les flammes éprouvent durement notre pays, la France révèle ce qu'elle est: un peuple uni, qui se serre les coudes", a salué Emmanuel Macron, également sur X, promettant de reconstruire et réparer.

Pompiers et militaires supplémentaires

Les forces de l'ordre et services de secours restent largement mobilisés, au point que les organisateurs du Tour de France, qui arrive dimanche à Paris, ont annoncé raccourcir la dernière étape de 133 à 89 km.

Des personnes évacuées à cause des incendies ont été accueillies au Parc des Expositions de Bordeaux, le 25 juillet 2026
Des personnes évacuées à cause des incendies ont été accueillies au Parc des Expositions de Bordeaux, le 25 juillet 2026
© AFP

Ce pour permettre le redéploiement d'une partie des forces initialement mobilisées pour la sécuriser.

"1.400 sapeurs-pompiers, 1.500 militaires et 1.700 forces de sécurité intérieure sont désormais engagés pour lutter contre les incendies, protéger les populations et sécuriser les zones évacuées", a énuméré Sébastien Lecornu sur X.

Pour la première fois, un avion de transport militaire A400M a aussi été utilisé pour lutter contre le feu, grâce à un dispositif développé par son fabricant, Airbus, et pouvant larguer 20.000 litres d'eau ou de produit retardant le feu.

Près de 98.000 hectares sont partis en fumée sur le territoire national, un record historique alors que la forêt française doit faire face à un changement climatique qui va plus vite que la capacité des arbres à se renouveler.

Pyrocumulonimbus et changement climatique

Carte montrant les zones brûlées en Gironde et dans les Landes lors de plusieurs mégafeux en 2022, et les deux incendies en cours le 24 juillet 2026, selon les données Effis du 24 juillet à 14h45
Carte montrant les zones brûlées en Gironde et dans les Landes lors de plusieurs mégafeux en 2022, et les deux incendies en cours le 24 juillet 2026, selon les données Effis du 24 juillet à 14h45
© AFP

Les climatologues du groupe World Weather Attribution ont, en effet, conclu que le changement climatique, causé principalement par la combustion continue du pétrole, du charbon et du gaz, rend la sécheresse actuelle plus sévère.

Or, Météo France explique dans une note consultée samedi par l'AFP que les phénomènes de pyrocumulonimbus et de tornades de feu sont nourris notamment par une végétation déshydratée après une grande période de sécheresse.

À Bordeaux, 5.000 à 6.000 personnes évacuées du bassin d'Arcachon et de communes environnantes, se massent au parc des Expositions transformé en centre d'accueil. 

Parmi ces "réfugiés du feu", Frédéric Tavitian, 70 ans, arrivé vendredi soir. "À 15 heures, on nous a dit, il faut évacuer. On a vu des colonnes de fumée, comme un volcan qui allait exploser". 

"Inquiets pour les gens, la nature, les forêts"

Bison Futé a appelé les automobilistes à laisser "les routes libres" pour les secours, et la SNCF a aussi appelé à reporter les déplacements prévus dans la région de samedi à lundi.

Photographie prise le 24 juillet 2026 par le caporal-chef Damien Rembert du SDIS33 montrant des pompiers luttant contre le feu près de Saumos et de Sainte-Hélène, au nord-ouest de Bordeaux
Photographie prise le 24 juillet 2026 par le caporal-chef Damien Rembert du SDIS33 montrant des pompiers luttant contre le feu près de Saumos et de Sainte-Hélène, au nord-ouest de Bordeaux
© SDIS33 - Caporal-chef Damien Rembert/AFP

Elle assure qu'annulation et report des billets de train sont possibles sans frais.

Rencontrée à la gare de Bordeaux, Sandrine Isel, 54 ans, repart le cœur serré vers le Luxembourg, après un séjour à Arcachon: "l'ambiance était pesante, et on était inquiets pour les gens, la nature, les forêts", confie-t-elle. "Cela va mettre des décennies à se reconstituer".

Selon les données du système européen Effis qui se base sur des images satellite, les surfaces brûlées dépassent d'ores et déjà le record enregistré en 2022, alors que le mois de juillet n'est même pas achevé.

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