
Psychologue, auteur et expert de l’extrémisme, Ahmad Mansour est d’origine arabo-palestinienne. Israélo-allemand, il vit en Allemagne depuis 2004, où il conseille également des administrations et des institutions politiques. Ses positions sur la migration suscitent à la fois un large soutien et de nombreuses critiques.
L’attentat islamiste commis à Berlin lors du Christopher Street Day, le samedi 25 juillet, ne l’a pas surpris. "Je suis surpris que les gens soient surpris", déclare Ahmad Mansour au téléphone.
Selon lui, une vague de radicalisation s’est développée en Europe après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et la guerre qui a suivi au Proche-Orient. Des attentats seraient commis "presque chaque semaine", estime-t-il. Il dit dès lors ne pas comprendre pourquoi autant de questions sont posées après chaque attentat avant que la société ne retourne à la normale et oublie "la menace majeure qui se trouve au cœur de la société".
L’État islamique (EI) tenterait de commettre des attentats en Europe et les régimes des mollahs seraient également très actifs pour recruter des jeunes, estime Ahmad Mansour. Parmi les réseaux actifs, il cite notamment le Hezbollah et le Hamas.
Ces dernières années, l’Europe a également été confrontée à des auteurs isolés qui se sont radicalisés sur les réseaux sociaux sans appartenir à une organisation terroriste. Il s’agirait, selon lui, de jeunes à la recherche d’une identité claire, de repères et d’orientation.
"Nous vivons à l’échelle mondiale une multicrise qui pèse très lourdement sur les jeunes", souligne Ahmad Mansour. Ceux-ci seraient dépassés par les événements et chercheraient à se soulager et à trouver davantage de clarté. Les islamistes exploiteraient cette situation en proposant une forme de réponse qui ne serait alors pas perçue comme une radicalisation, mais comme un soulagement, avec le sentiment d’avoir trouvé sa place et une identité.
Pour lutter contre cette évolution, les responsables politiques pourraient agir sur plusieurs fronts. "Tout d’abord, je pense que limiter la migration peut être très utile pour réduire le nombre de personnes qui pourraient être dangereuses", affirme l’expert de l’extrémisme.
"Nous avons été très naïfs de penser que l’accueil de personnes ayant une socialisation différente et un autre système de valeurs fonctionnerait bien", poursuit-il.
Il précise que toutes ces personnes ne se radicaliseraient évidemment pas, mais estime qu’elles vivraient souvent dans des sociétés parallèles et ne s’intégreraient pas. Dès lors que les valeurs fondamentales de la société seraient rejetées, le risque de radicalisation deviendrait, selon lui, très important.
Ahmad Mansour reproche également à l’État de ne pas être suffisamment répressif. "Nous avons besoin de sanctions dissuasives", réclame-t-il. L’Angleterre et la France feraient, selon lui, mieux que l’Allemagne sur ce point.
En matière de prévention, qui constitue son domaine de travail, il estime qu’il faut "se battre pour chaque âme". Il faudrait être plus rapide que les islamistes et être présent auprès des personnes qu’ils cherchent à recruter.
"La liberté est contagieuse, la liberté est formidable. L’islamisme est une idéologie extrêmement éprouvante. Je ne comprends donc pas pourquoi les islamistes réussissent mieux à gagner des personnes à leur cause", souligne-t-il.
Internet constituerait notamment un terrain que les démocraties laisseraient encore trop largement aux islamistes, estime-t-il.
Depuis dix ans, l’Allemagne débat régulièrement de l’opportunité de fixer un plafond à la migration. Pour le psychologue, les ressources d’un pays sont limitées lorsqu’il s’agit de mener une véritable politique d’intégration, si celle-ci ne se résume pas à mesurer la maîtrise de la langue et l’accès à l’emploi, puis à soustraire le taux de criminalité.
Il s’agit, selon lui, de faire intérioriser les valeurs fondamentales de la société à des personnes qui ont grandi dans des environnements très différents. Un processus qui prendrait beaucoup de temps.
"On peut bien intégrer 100.000 personnes par an, mais pas 1,1 million", estime-t-il pour l’Allemagne.
Selon Ahmad Mansour, il aurait déjà été possible de voir en France et en Angleterre ce qui se produit lorsque des sociétés parallèles se développent. Dans de nombreux cas, le contact entre ces populations et la "société majoritaire" n’aurait pas suffisamment été établi. Il estime qu’il s’agit pourtant d’un travail indispensable.
"Dès que quelqu’un a dit qu’il fallait transmettre des valeurs, Die Linke est arrivée en disant que c’était raciste, parce que cela supposait que ces personnes apportaient avec elles d’autres valeurs. Bien sûr qu’elles apportent d’autres valeurs", affirme Ahmad Mansour.
Dans le contexte de l’attentat récemment commis à Berlin, le psychologue critique également la manière dont Die Linke a réagi à la tragédie. Il reproche notamment au parti d’avoir publié une longue déclaration sans employer une seule fois le mot "islamisme".
C’est précisément là que se situerait le problème, selon lui. Les personnes qui souhaitent débattre de ce sujet seraient rapidement qualifiées de racistes. Ahmad Mansour lui-même, bien qu’étant musulman, affirme être accusé par Die Linke d’être hostile à l’islam et islamophobe.
"Pour moi, Die Linke n’est donc pas un partenaire dans la lutte contre l’islamisme, ni un partenaire dans la défense de la démocratie. Le parti mène une politique identitaire radicale qui favorise l’antisémitisme et l’islamisme au lieu de les combattre", reproche-t-il.
Au bout du compte, l’essentiel serait de préserver la cohésion de la démocratie. Plusieurs forces de la société, qu’elles soient de droite, de gauche ou islamistes, chercheraient selon lui à abolir ou à affaiblir la démocratie. Il faudrait s’y opposer. Des mesures sont prises contre l’extrême droite, estime-t-il, mais pas suffisamment contre les islamistes.
Interrogé sur les conseils qu’il pourrait donner au Luxembourg en matière de migration, Ahmad Mansour répond : "Regardez l’Allemagne, regardez la France et ne répétez pas ces erreurs. Identifiez les structures qui apparaissent dans le pays et qui n’ont rien à voir avec les valeurs de la société."
L’intégration devrait, selon lui, être comprise comme l’adhésion à un socle de valeurs. Les valeurs fondamentales du pays devraient être transmises dès le premier jour où une personne arrive sur le territoire.
Celles et ceux qui refuseraient ces valeurs fondamentales devraient être sanctionnés, estime-t-il. S’ils ne changeaient pas d’attitude, ils n’auraient selon lui "aucun avenir dans un pays démocratique".
La question de savoir combien de migrants l’Europe peut accueillir serait difficile à trancher, car elle dépendrait également de leur pays d’origine. Plus l’écart culturel serait important, plus l’intégration serait difficile, estime le psychologue.
À titre d’exemple, il considère qu’une personne venant d’Ukraine serait plus facile à intégrer qu’une personne venant de Syrie ou d’Afghanistan.
Il faudrait donc, selon Ahmad Mansour, adopter une approche différenciée et donner leur chance aux personnes qui associent l’Europe à la liberté et à l’individualité. Lorsqu’un pays accueille des migrants, ceux-ci ne devraient enfin pas être intégrés en tant que communauté, mais en tant qu’individus.