
Il n’est certainement pas facile, d'abord, de s’avouer que l’on a besoin d’aide et, ensuite, de trouver le courage d’aller effectivement chercher cette aide. Mais au Luxembourg, les personnes qui souhaitent consulter un psychothérapeute peuvent en plus avoir à faire preuve de patience. Dans le secteur, les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous peuvent atteindre six mois. Certains thérapeutes n’acceptent même plus de nouveaux patients.
Le nombre de psychothérapeutes a pourtant fortement augmenté ces dernières années. Entre 2016 et 2023, le nombre de ceux qui prennent effectivement en charge des patients au Luxembourg a progressé de plus de 600 %. Et ce n’est pas sans raison, car la demande est importante. En 2024, plus de 15.500 personnes affiliées au Luxembourg ont bénéficié, au total, de près de 100.000 séances de psychothérapie au Grand-Duché et à l’étranger. Parmi elles figuraient plus de 4.400 assurés âgés de 30 à 39 ans.
Alain Massen, psychothérapeute et trésorier de la Fapsylux, la Fédération des associations représentant des psychothérapeutes au Luxembourg, à ce propos :
"La demande dans notre société (…) est beaucoup plus importante. Et avec le remboursement, le seuil qui pouvait freiner le recours à une psychothérapie s’est peut-être aussi considérablement abaissé (…) Cela signifie que nous ne parvenons pas à répondre à la demande."
Depuis 2023, la psychothérapie est remboursée par la CNS. Pour les adultes, les séances sont remboursées à hauteur de 70 %, tandis qu'elles le sont intégralement pour les mineurs. Toutefois, les patients doivent toujours avancer eux-mêmes les honoraires. Le paiement immédiat direct, en abrégé PID, ne fonctionne pas chez les psychothérapeutes.
"La CNS nous a toujours dit que nous ne pouvions pas utiliser le PID pour nos patients (…) Mais la part restant à la charge du patient est de 30 %, ce qui représente tout de même une certaine somme d’argent pour beaucoup de personnes."
Ce sont précisément ce genre de questions qui pourraient être réglées dans le cadre d’une convention entre la CNS et la Fapsylux. Cette convention est d’ailleurs déjà pratiquement finalisée depuis quelques années, mais doit encore être examinée par le service juridique de la CNS. En attendant, la prise en charge continue de se faire sur la base d’un règlement ministériel. Selon la Fapsylux, ce système fonctionne au quotidien. Sur le terrain, le principal problème reste toutefois celui des listes d’attente, car, pour de nombreux psychothérapeutes, les conditions financières ne sont pas suffisamment attractives pour s’installer comme indépendants au Luxembourg.
"(…) C’est ce qui explique toutes ces listes d’attente, où il faut parfois attendre des mois avant de trouver une place (…) parce que les conditions ne sont tout simplement pas très intéressantes pour s’installer en tant qu’indépendant. Il est alors plus avantageux pour moi d’aller travailler dans une école, au sein de l’Éducation nationale, comme psychologue : j’ai un bon salaire (…) et je n’ai tout simplement pas tous les risques auxquels un indépendant est confronté ici au Luxembourg."