
"Le feu a repris en début d'après-midi au milieu de la forêt à Claouey", a déclaré à l'AFP le commandant Matthieu Jomain, du Service départemental d'incendie et de secours de la Gironde (Sdis 33).
Des moyens aériens ont été déployés, dont deux hélicoptères Blackhawks tchécoslovaque, trois hélicoptères bombardiers d'eau et Air Tractor. Un avion A400M a effectué plusieurs largages de produit retardant sur le secteur.
Les pompiers recensent "beaucoup de points chauds" à travers les 42.000 hectares ravagés par le gigantesque incendie dans l'ouest de la Gironde, a ajouté l'officier.
"La situation est plus stable mais reste précaire malgré tout. On ne baisse pas notre niveau de vigilance (...) Il faudra des semaines, voire des mois, avant d'éteindre" le brasier, a-t-il ajouté.
Du port de Claouey, on pouvait apercevoir lundi en fin d'après-midi des fumées qui regagnaient aussi en intensité de l'autre côté du Bassin d'Arcachon, entre Arès et Lège-Cap-Ferret, ont constaté des journalistes de l'AFP.
La bascule s'est opérée à la mi-journée: après une nuit plus humide propice à la lutte contre le feu, soleil et chaleur ont fait leur retour, a souligné le Sdis 33.
Météo-France a confirmé l'arrivée d'une "nouvelle vague de chaleur" à partir de mardi, avec des maximales à 40°C et des vents plus secs. "Toutes les conditions sont réunies pour une reprise de l'incendie", juge Philippe de Gonneville, maire de Lège-Cap-Ferret, parmi la vingtaine de communes évacuées dans l'ouest du département.
Durant la matinée, les pompiers se sont activés pour tenter de reprendre l'ascendant, notamment sur un des "principaux fronts", près de Marcheprime, où le brasier avait soudainement avancé dans la nuit de samedi à dimanche.
"Le feu est toujours là, il faut aller le chercher dans les profondeurs (du sol) pour être certain qu'il ne va pas ressortir", explique le capitaine Sébastien Caillon, venu de l'Orne, en Normandie.
Les opérations consistent à réaliser "un noyage de zone", avant de "gratter les souches incandescentes", détaille-t-il. "C'est sableux, il faut aller chercher le feu très bas." Une manœuvre longue et harassante, tandis que des centaines de fumerolles surgissent au milieu d'arbres noircis ou brûlés.
Après plusieurs jours de progression ininterrompue de l'incendie massif aux portes de bordeaux, la situation est restée globalement stable dans la nuit de dimanche à lundi mais les autorités redoutent l'arrivée d'une vague de chaleur.
Météo-France prévoit une probable vague de chaleur depuis le Sud-Ouest à partir de mardi, avec des maximales jusqu'à 40°C et des vents un peu moins forts mais plus secs. En Gironde, les flammes ont ravagé 42.000 hectares depuis mercredi, un chiffre stable par rapport au dernier bilan, indiquait la préfecture dimanche à 22H.
À Saint-Jean-d'Illac, à 18 km du centre de Bordeaux, Georges Clivaz, tuyau d'arrosage en main, aspergeait la route attenante à sa propriété: "On fait ça pour ralentir l'avancée du feu, on veut sauver nos maisons", a-t-il dit à l'AFP dimanche.
Les flammes n'étaient plus qu'à quelques kilomètres, soit deux ou trois heures selon les pompiers, de son village, évacué vendredi, comme 220.000 personnes en Gironde, une opération d'une rare ampleur.
Un centre d'accueil temporaire de 150 places a été mis en place dimanche à Aussonne, près de Toulouse, pour accueillir des personnes sinistrées, "notamment les plus vulnérables", a annoncé le préfet d'Occitanie et de la Haute-Garonne.
Au total, 115.000 hectares ont été parcourus par les incendies en France depuis le début de l'année, une situation "exceptionnelle", a indiqué dimanche le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez sur France 2.
Le feu n'étant pas fixé, aucun retour des évacués n'est envisageable à ce stade, a prévenu la préfète Sophie Brocas lors d'une conférence de presse dimanche, incitant les touristes "à ne pas rejoindre la Gironde".
Les activités des colonies de vacances sont par ailleurs suspendues dans ce département touristique, a ensuite annoncé tôt lundi la préfète.
L'évacuation de Bordeaux "n'est pas à l'ordre du jour", avait réaffirmé dimanche à la mi-journée son maire Thomas Cazenave, mais le seuil d'alerte aux particules fines y a été dépassé, tout comme dans trois autres départements voisins.
"On a les fumées, mais c'est tout", Bordeaux est "un refuge", a confié à l'AFP Carole Chalel, après avoir été évacuée de Marcheprime.
Cette commune est située à proximité de l'A63 qui relie Bordeaux à l'Espagne, fermée sur 60 kilomètres, et des rails desservant le sud de la ville, sur lesquelles le trafic SNCF est interrompu. Dans l'après-midi, les flammes ont traversé les voies, selon la préfète.
Au total, 240 habitations ont été détruites en Gironde, selon la préfecture. Si aucune victime civile n'est à déplorer, 84 sapeurs-pompiers ont été blessés, dont dix ont dû être évacués.
Des centaines de personnes ont été évacuées en urgence de plusieurs établissements médico-sociaux.
Une "vague de solidarité", saluée par la préfète, a permis de libérer les pompiers volontaires dans les entreprises mais aussi à des agriculteurs et des particuliers bénévoles pour prêter main-forte sur le terrain.
Dans les Landes, l'incendie de Biscarrosse était dimanche "mieux contenu mais pas fixé", après avoir brûlé 3.600 hectares et 198 bâtiments. Quelque 8.000 personnes évacuées sur 30.000 ont été autorisées à rentrer chez elles, a indiqué le préfet des Landes Gilles Clavreul.
Dans le Var, où 2.000 personnes ont été évacuées, l'incendie est "contenu" malgré des reprises attisées par le mistral, après avoir parcouru 4.500 hectares, selon les pompiers. D'autres feux sont en cours en Corse et dans les Hautes-Alpes.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.