“L'été a montré les inégalités”Canicules 2026 : Quelles leçons pour le Luxembourg ?

Jérôme Didelot
Santé, végétalisation, forêts, gestion de l’eau… Les défis sont nombreux après l’été le plus chaud jamais enregistré au Luxembourg. On en débat dans Cosmopoly.
Canicules 2026 : Quelles leçons pour le Luxembourg ?
Santé, végétalisation, forêts, gestion de l’eau… Les défis sont nombreux après l’été le plus chaud jamais enregistré au Luxembourg.

Comme s’il avait senti le vent (chaud) tourner, le ministère de l’Environnement a présenté en avril dernier, juste avant l’été, sa stratégie d’adaptation 2025-2035, déclinée en 152 mesures dans 17 domaines. Et puis cet été caniculaire s’est abattu sur l’Europe, avec son lot de constats, d’états d’âme et d’envies d’action.

Pour faire le bilan de cet épisode et pour envisager les moyens de lutter dans le futur contre les effets du changement climatique, plusieurs spécialistes avaient répondu à l’invitation de l’équipe de Cosmopoly : Claudine Felten de natur&ëmwelt, l’association de la protection de la nature au Luxembourg, Marc-Alexandre Krier du Mouvement écologique et Bruno Alves, expert en climat, gestion de l’eau et renaturation pour le ministère de l'Environnement. L’humoriste Alex Monteiro et Thomas Toussaint de la rédaction de RTL Infos étaient également présents dans le studio.

Bruno Alves
Bruno Alves
© RTL

4 fois plus de journées au-delà de 30°

En tant que représentant du ministère, Bruno Alves n’a pas manqué d'exposer des chiffres éloquents : “On a eu des records de température jamais enregistrés, avec 41,4 degrés à Remich en juin. On a eu plus de 55 jours avec des températures au-delà de 25 degrés, 30 jours avec plus de 30 degrés, alors que la moyenne est autour de sept jours, donc quatre fois plus. Il y a même eu huit jours à plus de 35, avec des nuits où le mercure ne descendait pas sous 25 degrés. D'un autre côté, on avait des précipitations qui étaient à un niveau très faible – parce qu'on peut avoir canicule, mais pas forcément sécheresse du fait qu'il peut pleuvoir avant ou après –, mais là on a eu les deux, une sécheresse avec un déficit de pluie de presque 40 %, moins 76 % au mois de juillet. Les impacts ont été visibles, tout le monde a vu les champs très jaunes, les arbres en souffrance, certains cours d'eau, surtout dans le nord du Luxembourg, qui n'avaient plus d'eau du tout. Le changement climatique a un impact réel, il est là.”

Claudine Felten
Claudine Felten
© RTL

Ce sont les vieux arbres qui souffrent le plus

De son côté, Claudine Felten a bien sûr insisté sur l’état des forêts : “Je ne sais pas ce qu'on va faire de nos forêts, parce qu'en fait, elles souffrent depuis longtemps. Chaque été, chaque canicule accentuent le dépérissement et le déclin, et là on arrive à un moment où la plus grande partie des arbres montrent des signes de dépérissement, des branches mortes, ou même pire, qui indiquent que tout l'arbre est mort. C'est un problème parce que la forêt est censée nous protéger du changement climatique, elle est censée absorber le carbone, elle est censée produire de l'air frais. Ce sont surtout les vieux arbres, ceux qui constituent les belles forêts, qui en souffrent le plus parce qu’ils ont besoin de grandes quantités d'eau.”

Marc-Alexandre Krier
Marc-Alexandre Krier
© RTL

Des parties de la population plus fragiles

C’est la dimension sociale du changement climatique qu’a voulu mettre en exergue Marc-Alexandre Krier : “Je pense que l'été a montré les inégalités, par exemple par rapport à l'exposition à la chaleur, on n'est pas tous à la même enseigne, il y a des gens qui peuvent facilement s'acheter une clim s'ils n’en ont pas, ou qui ont déjà une maison qui est équipée. On voit aussi la manière dont on construit nos villes et nos villages. Dans certains endroits bien protégés, il y a beaucoup de verdure, il y a de l'humidité. Et puis dans d'autres endroits, où c'est extrêmement minéral, il est beaucoup plus difficile de faire face à cette chaleur. On a aussi des parties de la population plus fragiles, une personne est morte parce qu'elle était SDF et qu'elle était dans la rue, donc beaucoup plus exposée par rapport à cette chaleur. Et donc pour nous, le Mouvement écologique, cette crise montre aussi ces inégalités auxquelles la politique doit apporter des réponses.”

Thomas Toussaint
Thomas Toussaint
© RTL

Tous les invités étaient d’accord pour dire que la problématique de l’eau sera la pierre angulaire des enjeux futurs. Thomas Toussaint a souhaité faire réagir ces spécialistes sur la relative “sérénité luxembourgeoise” dans les débats politiques, en général appréciable, mais qui peut paraître un peu insuffisante dans le contexte actuel.

Alex Monteiro
Alex Monteiro
© RTL

“Bah oui, c'est l'été !”

Quant à l’humoriste (et psy !) Alex Monteiro, il a fait référence aux réactions qu’il a glanées sur Internet avec un mélange de dérision et de consternation : “Je suis tombé sur un florilège de tontons climato-sceptiques. Alors, est-ce que le climat va mal ? Nein. La réponse est très claire pour certains. Il y a ceux qui minimisent : 41 degrés au Luxembourg ? Bah oui, c 'est l'été. 46 degrés ? Bah oui, c'est l'été. La Moselle s'évapore ? Bah oui, c'est l'été. Ils verraient Luc Frieden arriver à la Chambre en short de bain à dos de chameau, ils diraient : Bah oui, c'est l'été !”

Retrouvez Alex Monteiro pour le Relais du rire, soirée au profit de la Fondation Cancer Luxembourg, le 24 octobre à Differdange (Aalt Stadhaus).

© Relais du rire

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